Le « truc » gênant

A side view of homeless beggar man sitting in front of wooden gate outdoors in city asking for money donation.

C’est « le truc » gênant : le voisin pauvre,

que l’on croise sans voir ou par regard biaisé, mais dont le regard met mal à l’aise enfin si l’on veut bien le prendre en compte, en considération, que dis-je, j’ose, en pitié alors ça sent le « curé » avec ses beaux sermons. Ou alors qu’on ignore car finalement on n’y peut rien s’il n’a pas réussi, c’est qu’il n’a pas su faire, ou pour reprendre une thèse exécrable parce qu’il n’a pas voulu faire comme si la seule volonté suffisait à expliquer les difficultés, les échecs. Et encore il faut bien cohabiter avec cette misère qui reste digne, par étages, par quartiers, par villes, par régions. Allez, on devra s’y faire sans se résigner, on devra bien accepter le voisinage. Comme la maladie, on n’y peut rien. Tout un état d’esprit, de sentiments, de discours que j’exècre : non, la misère, fut- elle silencieuse, ne peut être acceptée.

C’est le combat – modeste – de ma vie : tendre la main aux démunis. Toujours. C’est l’histoire classique du mendiant, dont la présence détonne bien sûr dans nos rues pimpantes. Je me rappelle cet ami qui m’avait dit avoir donné une pièce, continué sa route content, puis rattrapé par je ne sais quel sentiment de honte, qui discrètement car c’est essentiel la discrétion, fit demi-tour et compléta largement son premier geste.

Et l’histoire d’un autre ami qui lui aussi rebroussa chemin, et ne trouva plus la personne, et fut triste une grande partie de la journée.

Pourquoi vous raconte-je tout ceci ? Parce que c’est pour moi essentiel, viscéralement, et parce que je viens de lire LES ECHOS, journal financier, que l’on qualifiera de capitaliste et autres fadaises. Un article, intelligemment conçu sur la base d’une étude de l’INSEE, dans l’édition du 29 mai : « Plus de six personnes pauvres sur dix le restent l’année suivante ». Que disait-il cet article ?

La pauvreté s’accroît en France. Je cite « Et lorsqu’on se trouve dans cette situation, il est très difficile d’en sortir ». L’INSEE a l’habitude de calculer le taux de pauvreté. Il a fortement augmenté en 2023 pour s’établir à 15.4 %, soit 0.9 % en plus sur un an : son niveau le plus élevé depuis 1966. 9.8 millions de personnes se trouvaient dans cette situation. 9,8 millions. Pour 2025, l’INSEE a révélé que le taux était de 13.1 %, soit une baisse par rapport à 2025, mais un chiffre encore important. Le revenu était de 1288 € par mois en 2023. Les chômeurs, les locataires du parc social, les familles monoparentales sont les plus exposés au risque de privation. Et une fois entrées dans ce cycle, il parait difficile d’en sortir. Le taux de persistance à 3 ans est élevé.

Nous ne pouvons rester indifférents, et pire inactifs.

Dominique Fleuriot, Docteur en droit, Avocat au barreau de Valence

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